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Afin d’aborder la thématique particulière du e-tourisme chinois, nous avons fait appel à Olivier Verot pour répondre à nos différentes questions. L’interview avait pour but d’être généraliste pour aborder un maximum de facette du marketing chinois dans le tourisme. Un grand merci à Olivier de s’être prêté à ce jeu de questions-réponses. 

Pour en savoir plus à son sujet, Olivier se trouve en Chine depuis maintenant 6 ans où il se passionne rapidement pour le marketing du fait de son parcours académique. L’amour de ce pays et ses compétences professionnelles l’ont amené à créer en 2009 un blog qui se nomme Marketing-Chine.com. Sur celui-ci, il passe en revue les différentes stratégies des marques occidentales en Chine mais également les spécificités du marché chinois. Pour aller plus loin, il décide avec un ami chinois de créer sa propre agence afin de proposer aux entreprises son savoir faire. 

Peux-tu définir brièvement définir le profil type du touriste Chinois en matière de e-tourisme ?

Il faut savoir que si le e-tourisme est si développé en Chine c’est grâce aux deux tendances majeures qui le compose,

– d’un côté le développement du nombre de touristes chinois avec des récents chiffres impressionnants (82 millions de touristes chinois à l’étranger, qui sont par la même occasion la première population à dépenser le plus à l’étranger devant l’Allemagne et les Etats-Unis) 

– et de l’autre la montée en puissance du Online, de l’achat en ligne avec là aussi des chiffres incroyables (les chinois sont les premiers cyber-acheteurs devant les américains). 

Les chinois ont donc bien compris que grâce aux facilités qu’offre le net, il est très facile d’organiser son voyage en ligne.

Concernant les tendances à proprement parler, les consommateurs chinois fonctionnent beaucoup au bouche à oreilles et sont réactifs à l’actualité des pays via les réseaux sociaux, attention au bad buzz sur un pays donc.

La France a vu des touristes se faire attaquer et l’ensemble de la population a été mis en garde sur la destination considérée comme « dangereuse »

Nous le verrons plus tard mais ceux-ci utilisent généralement 2 ou 3 sites leaders sur le marché chinois pour trouver la meilleure affaire car ils ont une sensibilité prix importante notamment pour les billets d’avion.

Il existe également des différences entre les consommateurs du Nord ou du Sud, des classes sociales et des attentes en termes  de voyage.

Selon toi, est-il nécessaire de se positionner sur le marché lorsqu’on bénéficie d’une faible notoriété sur ce marché étranger ?

La faible notoriété est certes handicapante au départ sur un marché aussi large, mais les chinois sont assez réceptifs aux marques étrangères et si le produit est intéressant et qu’une bonne campagne de communication est menée, il y a des chances que cela fonctionne.

Les Agences de tourisme à l’étranger sont en général peu connue et sont de petites structures, à l’inverse des grosses agences chinoises, type CITS.

Peux-tu nous présenter le panorama des réseaux sociaux en Chine ?

En raison de la censure, il n’y a ni Facebook, ni Twitter. En revanche, il y a le surpuissant Sina Weibo qui signifie microblog en chinois. C’est un mix entre Facebook et Twitter justement. La plupart des buzzs chinois sont crées sur Weibo et généralement les médias cite même Weibo et non l’inverse comme on pourrait le penser.

Renren, le Facebook chinois est un peu en perte de vitesse mais il reste populaire auprès des étudiants.

Il y a également WeChat qui n’est pas vraiment un réseau social à proprement parlé mais qui est largement utilisé en Chine. C’est une messagerie instantanée type Whats App.

De manière générale, les réseaux sociaux sont extrêmement nombreux en Chine. Ils sont généralement des copy-cat des sites américains. Chaque réseau social a une utilité différente.

weibo

Que faut-il privilégier dans sa stratégie numérique chinoise : les moteurs de recherches ou les réseaux sociaux ?

Ce sont deux leviers totalement distincts. Les moteurs de recherche (donc principalement Baidu avec ses 75% de part de marché) seront nécessaires pour augmenter la visibilité de la marque et à termes la notoriété.

Si l’on souhaite du trafic sur son site, il est indispensable d’être bien référencé sur Baidu. Les techniques de référencement sur Baidu sont également très différentes de celles sur Google. (plus d’informations ici)

En ce qui concerne les réseaux sociaux, on cherchera ici plus une interactivité, un lieu pour construire et regrouper une communauté. Si en Europe et aux Etats-Unis on ne jure que par Facebook, ici les marques se doivent d’avoir un compte Weibo avec beaucoup d’interactivité. Il faut savoir qu’en moyenne les chinois suivent 8 marques sur les réseaux sociaux. 

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Les derniers accords de Baidu pour conquérir l’Europe sont une surprise pour toi ou un signe que le virage à prendre est imminent ?

Il y a une nuance à faire, Baidu ne cherche pas forcément à se développer à l’international (même s’il existe une version japonaise de Baidu) mais le moteur de recherche cherche d’avantage à faire prendre conscience aux européens qu’en Chine, le patron c’est lui et que cela risque de durer encore quelques années.

Le partenariat mis en place a pour but de faciliter le travail pour les entreprises qui souhaitent être présentes sur Baidu. Il faut en revanche savoir que Baidu demande généralement beaucoup de travail fond pour être en top position de son moteur de recherche puisque de nombreux résultats sont des résultats sponsorisés par les marques (même la grande majorité des internautes chinois ne le savent pas). Ce n’est donc pas une réelle surprise pour moi de savoir que Baidu cherche à attirer de nouveaux clients.

Quelles sont les principales différences entre Baïdu et Google ? (Au niveau SEO, mais existe-t-il aussi un système similaire à Google Adwords ?)

En effet, comme évoqué plus haut, les différences se font au niveau des techniques de SEO, j’ai rédigé de nombreux articles sur le référencement Baidu pour expliquer les principales techniques. Baidu possède également un système d’Adwords (Baidu PPC) qui est plus « caché » dans ses résultats que pour Google. En effet, comme évoqué dans la question précédente, les chinois ne savent en général pas qu’il s’agit de résultats sponsorisés payés par des entreprises.

Pour finir, on peut dire que Baidu va beaucoup mieux indexer les sites chinois et Google.com.hk les sites anglais.

Ctrip

Quels-sont les principaux acteurs du e-tourisme Chinois ?

Lorsque l’on analyse le marché, on remarque que 3 acteurs sortent du lot, d’un côté en part de marché et de l’autre en termes de notoriété. Dans la première catégorie on peut évoquer Ctrip qui en 2012 possédait 45,4% de parts de marché.

Le challengeur est eLong avec 16,2%.

Enfin, Qunar qui lui doit être assimilé à un comparateur utilisant Ctrip et eLong complète ce podium.